Brussels Aerospace Group rapproche l’industrie et la consultance
Regards croisés entre Tillo Vanthuyne (BAG/SABCA) et Mathieu Herouard (BAG/Akkodis Belgium) sur la collaboration entre industrie et consultance.
Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels le secteur aerospace & défense est aujourd’hui confronté ?
Tillo — L’un des principaux enjeux du secteur est clairement la disponibilité de compétences qui correspondent aux besoins des industries. Pour répondre à cet enjeu, j’identifie trois pistes d’action : rechercher, sur le marché, les compétences adéquates, investir dans la formation du personnel ou faire appel à des entreprises de consultance afin de compléter nos équipes.
Mathieu — Je rejoins Tillo sur cet aspect ; la problématique n’est pas toujours la pénurie de ressources mais plutôt une inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins des industries.
Dans ce contexte, la valeur d’un partenaire comme Akkodis ne réside pas uniquement dans sa capacité à mettre des consultants à disposition. Elle réside surtout dans sa capacité à mobiliser rapidement les bonnes expertises autour d’un besoin industriel concret.
« Pour accéder à de nouveaux marchés, accélérer une transformation ou répondre aux besoins spécifiques de leurs clients, les acteurs industriels peuvent s’appuyer sur une société de consultance pour compléter leurs équipes, mais aussi pour prendre en charge certains projets et mobiliser les expertises nécessaires à leur réalisation. — Mathieu Herouard
Tillo — L’industrie évolue rapidement ! Parmi les grandes tendances qui transforment aujourd’hui le secteur, je citerais notamment l’accélération du passage d’un prototype à la mise en production, les profondes transformations de la supply chain, l’intégration croissante de l’intelligence artificielle, ainsi que la digitalisation des usines et des moyens de production dans le cadre de l’Industrie 4.0.
Dans quelles situations avez-vous besoin de faire appel à une expertise externe ? Et qu’attendez-vous concrètement d’un cabinet de conseil ?
Tillo — Une industrie doit avant tout se concentrer sur son core business. Lorsqu’elle dispose des compétences en interne, elle les mobilise. Lorsqu’une expertise spécifique vient à manquer, le recours à un partenaire externe prend tout son sens.
Prenons un exemple très concret : l’ouverture d’une nouvelle ligne de production. Ce type de projet ne relève pas nécessairement des opérations quotidiennes d’une entreprise industrielle. Un cabinet de conseil peut très bien apporter l’expertise, l’expérience et la méthodologie nécessaires à sa réussite.
C’est également vrai pour l’intelligence artificielle ou l’Industrie 4.0 que l’on vient d’évoquer. Certaines technologies sont devenues incontournables dans l’industrie mais elles ne figurent pas pour autant parmi les compétences métier. Dans ce cas, il est essentiel de pouvoir s’appuyer sur des partenaires externes capables de nous accompagner, de mettre à disposition une expertise pointue et, surtout, de traduire ces nouvelles technologies en solutions concrètes adaptées à nos enjeux et à nos réalités opérationnelles.
Mathieu — Le recours à un partenaire externe peut répondre à des besoins plus ponctuels ou plus stratégiques : pénétrer un nouveau marché, réaliser un benchmark, analyser le positionnement d’une industrie, définir une nouvelle méthodologie ou encore accompagner une transformation industrielle.
Dans ces situations, notre rôle est d’abord de comprendre le problème et les objectifs du client, puis de définir avec lui la meilleure approche. Cela peut se traduire par la mobilisation d’une expertise spécifique au sein des équipes du client, mais aussi par la mise en place d’une équipe projet capable de prendre en charge un périmètre défini, de la conception jusqu’à l’implémentation.
Le regard extérieur apporte alors une réelle valeur ajoutée, notamment parce qu’il permet à l’industriel de prendre du recul, de confronter ses pratiques à celles du marché et surtout de transformer cette analyse en actions concrètes.
« Nous n’attendons pas simplement d’un cabinet de conseil qu’il nous apporte des connaissances. Nous attendons surtout qu’il comprenne notre métier, nos enjeux et qu’il apporte une expertise que nous n’avons pas en interne. Se tourner vers la consultance ne permet pas seulement de trouver de la main-d’œuvre, cela permet surtout de trouver des compétences ! »— Tillo Vanthuyne
Enfin, dans de nombreux cas, le rôle du consultant commence avant le démarrage de la mission.
« *Il s’agit d’abord de bien comprendre et de qualifier le problème auquel l’entreprise est confrontée. Identifier clairement le problème, c’est déjà une mission en soi ! *»— Tillo Vanthuyne
Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée d’un consultant lorsqu’il accompagne un acteur industriel ?
Mathieu — La valeur ajoutée réside dans notre capacité à combiner expertise métier, capacité de delivery et flexibilité.
Nous pouvons intervenir pour renforcer temporairement une équipe, mais également pour accompagner ou prendre en charge un projet avec un objectif précis : améliorer un processus industriel, développer une nouvelle architecture système, digitaliser un processus, accompagner une montée en cadence, optimiser une supply chain ou encore déployer une nouvelle technologie.
L’enjeu est donc de ne pas considérer les ressources comme une fin en soi. Les compétences sont un moyen ; le résultat du projet est la finalité.
Cette approche permet également à l’entreprise de gagner en flexibilité. Elle peut mobiliser rapidement des expertises qu’elle ne souhaite pas nécessairement développer en interne ou recruter pour un projet à durée déterminée.
Sur base d’une expérience cross-industries, le consultant peut également formuler des propositions en termes de produits, de transformation ou de positionnement sur un marché.
Pour donner un exemple concret, et sans citer de nom bien entendu, Akkodis réalise l’audit du département systèmes d’un acteur de la défense. Dans ce cadre, nous analysons les méthodologies de travail et l’architecture existante et formulons des préconisations afin que l’entreprise puisse disposer d’une architecture produits plus modulaire et mieux adaptée aux évolutions de son marché.
Mais notre objectif ne s’arrête pas au diagnostic. La valeur se trouve également dans notre capacité à accompagner la mise en œuvre des recommandations et à transformer les préconisations en résultats opérationnels. Notre rôle est clairement d’aider le client à devenir plus performant sur son marché !
Qu’est-ce que chacun de vos deux univers apporte à l’autre ?
Tillo — Travailler pour l’industrie permet au consultant de développer une connaissance très concrète du terrain et d’acquérir de nouvelles compétences. Et la logique fonctionne dans les deux sens : l’industrie bénéficie de l’expertise du consultant ce qui lui permet d’enrichir ses pratiques et ses compétences.
« La relation entre l’industrie et le consulting est véritablement un ‘win-win’ »— Tillo Vanthuyne
Mathieu — La proximité avec l’industrie est essentielle pour comprendre les contraintes opérationnelles, les enjeux économiques et les réalités du terrain.
De notre côté, le fait de travailler avec différents acteurs et sur différents projets nous permet également d’apporter une vision cross-industries. Nous pouvons identifier des pratiques qui ont fonctionné ailleurs, proposer de nouvelles approches et accélérer la mise en œuvre de solutions.
Selon vous, qu’est-ce qui permet de passer d’une relation classique client-fournisseur à un véritable partenariat sur le long terme ?
Tillo — Il est crucial qu’un consultant prenne le temps de comprendre l’industrie, l’environnement c’est-à-dire l’usine et ses métiers. Un consultant ne doit pas se limiter à formuler des recommandations générales dans un rapport ou une présentation.
Pour l’industriel, le résultat d’une prestation de consultance se mesure avant tout sur ce qui a été implémenté et les résultats obtenus. Il est aussi essentiel que le savoir-faire puisse être progressivement transféré vers l’industrie.
Mathieu — En tant que partenaire externe, je soulignerais l’importance de la transparence, mais aussi de la capacité à construire une relation fondée sur les résultats.
Pour qu’une collaboration devienne un véritable partenariat, il faut que les deux parties partagent une compréhension claire des objectifs, des enjeux, des responsabilités et des résultats attendus.
Cela implique également d’être capable de proposer le bon modèle d’intervention selon le besoin : expertise ponctuelle, renforcement d’équipe, équipe projet, pilotage d’un workstream ou accompagnement global d’une transformation.
Vous êtes tous les deux membres du Brussels Aerospace Group (BAG). Quel rôle le cluster peut-il jouer pour faciliter la relation Industrie – Consultance ? 
Tillo — Le BAG joue avant tout un rôle de mise en relation entre des acteurs qui n’ont pas toujours l’occasion de travailler ensemble. Il permet aux industriels de mieux comprendre les compétences, les expertises et les capacités d’innovation des consultants, et aux consultants de mieux appréhender les réalités et les besoins opérationnels de l’industrie.
Cette ouverture ne se limite d’ailleurs pas aux sociétés de consultance. Les centres de recherche, les universités et les hautes écoles disposent également d’expertises très pointues qui peuvent répondre à des problématiques industrielles spécifiques. Ces acteurs sont aussi des partenaires précieux de l’industrie et certains sont déjà membres du BAG !
« En guise de conclusion, je dirais que le BAG crée un écosystème où les acteurs peuvent identifier leurs complémentarités, partager leurs compétences et construire plus facilement des collaborations autour de problématiques techniques ou industrielles concrètes. — Tillo Vanthuyne
Mathieu — Le BAG peut jouer un rôle important dans cette mise en relation. Il permet de mieux comprendre les problématiques concrètes des industriels et, de l’autre côté, de rendre plus visibles les expertises et les capacités de delivery des acteurs de la consultance.
Pour moi, l’intérêt du cluster est précisément de favoriser des collaborations qui vont au-delà de la simple mise à disposition de ressources. Il peut permettre de faire émerger des projets communs autour de problématiques industrielles concrètes, en rapprochant les besoins des industriels des expertises disponibles au sein de l’écosystème belge.
À terme, c’est cette capacité à transformer les complémentarités en projets concrets qui crée de la valeur pour l’ensemble de l’écosystème.


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